La science constituait un élément central du paradigme de la société industrielle, tant d’un point de vue économique, social que politique. Appliquée à la production, elle a conduit à créer de la valeur dans des proportions inédites, initiant la prise de pouvoir des propriétaires au détriment du politique. La science et la technique ont également exercé une influence majeure sur la société, en amenant chacun à reconsidérer la condition de l’Homme et en permettant une très large diffusion des idées. Sans celle-ci, l’avènement des premières démocraties modernes n’aurait certainement pas été possible.
Nous constatons aujourd’hui que la technologie occupe dans notre société post-industrielle les fonctions économiques et sociales que la science remplissait dans la société industrielle. Si l’influence que les NTIC exercent sur l’économie et la croissance se mesure au quotidien, nous ne faisons encore qu’entrevoir la profondeur avec laquelle Internet tranformera la société dans son ensemble. La société post-industrielle étant avant tout caractérisée par une économie de l’immatériel, qui s’attache à concevoir des produits, construire des marques et à innover, elle place plus que jamais l’individu et sa créativité au coeur de la création de valeur. Il s'agit d'une différence fondamentale d'avec la société industrielle, qui reléguait le facteur humain au second plan de l'économie. L’enjeu social que représente la technologie est donc de taille, puisqu’il s’agit de permettre à l’individu d’occuper la place centrale qui lui est réservée dans l’économie post-industrielle.
A ce titre, Internet constitue déjà un vecteur de savoir sans précédent, mis à la disposition du plus grand nombre et dont la nature lui confère un potentiel considérable. Mais c’est l’avènement d’Internet en tant que média vidéo qui pourrait avoir le plus d’impact sur la société, en transformant irréversiblement le monde des médias, notre façon de nous informer et de nous divertir. Les modalités de diffusion et la teneur des contenus de divertissements et d’actualités s’en trouveront bouleversées, tout comme la manière dont l’opinion publique se forme et les démocraties évoluent.
Influence sur le savoir
Le fait que le savoir se trouve à l'origine de l'émancipation des peuples et de la liberté des individus est au-dessus de toute discussion. Mais à travers les civilisations, la diffusion de la connaissance a toujours été étroitement liée au média qui lui servait de support, et plus particulièrement à sa vitesse de diffusion et à son coût de reproduction. Par exemple, au début de la civilisation babylonienne, le média de référence était la pierre : difficilement transportable et nécessitant de longues heures pour y inscrire les messages les plus sommaires, il ne constituait assurément pas le vecteur optimal du savoir et de la représentation. Plusieurs siècles plus tard, l’apparition du livre et l’invention de l’imprimerie automatique ont fortement diminué le coût de reproduction et facilité sa transmission de mains à mains, contribuant bien plus tard à l’effervescence intellectuelle ayant animé le XVIIIè siècle. Internet est révolutionnaire en ce sens qu’il optimise ces deux caractéristiques jusqu’au paroxysme : la dématérialisation annule les coûts de reproduction et facilite la diffusion au maximum.
Le Net met ainsi à la portée de quelques clics des informations infinies sur les sujets les plus variés. Il offre au plus grand nombre la possibilité d’acquérir les connaissances souhaitées avec une facilité qu’il serait difficile d’imaginer supérieure. Mais ce média trouve aussi ses limites dans ce qui fait sa propre force : la dématérialisation du support confère aux informations un caractère volatil et abondant, qu’il convient de maîtriser pour en tirer véritablement profit. Dans l’univers du digital et de l’intangible, toute information court le risque d’être consultée pour être aussitôt oubliée au profit d’une autre, sans même avoir eu le temps d’empreindre la mémoire de l’internaute. Afin qu’une information se transforme en connaissance, il est donc indispensable d’adopter un certain recul face à ce média, et d’acquérir le réflexe de trier et de conserver les informations pertinentes, ce qui va à l’encontre de l’attitude instinctive qui est la nôtre à l’égard d’Internet. Ainsi, pour que notre société tire le meilleur parti du potentiel d’Internet en tant qu’outil de savoir, il est essentiel que chacun ait une attitude active et volontaire vis-à-vis de la connaissance, et prenne l’initiative d’aller y satisfaire sa curiosité intellectuelle.
Si l’intérêt d’Internet en tant qu’outil de savoir est avéré, son impact trouvera donc ses limites dans l’attitude que les internautes adopteront à son égard. En revanche, l’influence d’Internet sur nos sociétés sera beaucoup plus marquée en sa qualité de média télévisé, car il s’imposera tôt ou tard comme un substitut à la télévision classique et en transformera les caractéristiques les plus fondamentales.
Influence sur les médias
• Les caractéristiques d’Internet en tant que média télévisé
L’avènement de la fibre optique va enfin permettre le développement d’offres vidéo de qualité en ligne, qui vont rapidement être amenées à concurrencer la télévision classique et linéaire. Les caractéristiques d’Internet appliquées à la diffusion de vidéos vont bouleverser le monde des médias, aussi bien dans la nature des contenus diffusés que dans la façon dont ils seront distribués. La mise en réseau des spectateurs va ainsi permettre de rompre définitivement avec le système médiatique actuel, et modifier en profondeur la topographie des acteurs en place. Les règles du jeu et les sources du pouvoir médiatique seront différentes, et le principal bénéficiaire pourrait bien se trouver être l’internaute lui-même.
Consumer is king
La véritable révolution d’Internet en tant que média vidéo tient à deux aspects fondamentaux, qui découlent tous deux de la mise en réseaux des utilisateurs : l’opportunité pour tout producteur (professionnel ou non) d’accéder au plus grand nombre de téléspectateurs, à laquelle s’ajoute la possibilité pour chaque utilisateur de diffuser à son tour des contenus. L’arrivée de la diffusion télévisée par satellite, puis de la TNT, avait déjà permis à un grand nombre de téléspectateurs de bénéficier d’une offre très variée. Le nombre de chaînes avait été multiplié, et on s’attendait à ce que chacun puisse accéder au type de contenu qui lui correspondait le mieux. Or, tel n’a pas été le cas, car face à cette nouvelle menace, les chaînes hertziennes ont engagé d’importants capitaux afin de disposer des contenus que « tout le monde voulait voir », qu’il s’agisse des animateurs vedettes ou d’évènements exclusifs (comme le championnat de foot). Les chaînes hertziennes ont ainsi réussi à conserver plus 71% de part d’audience (source : Médiamétrie ; chiffre concernant Mai 2008).
Mais sur Internet, c’est la mise en réseau des utilisateurs qui change profondément la donne. Elle va permettre d’exploiter pleinement la multiplicité des contenus, et engendrer l’avènement d’un média d’un nouvel ordre. Les flux d’informations vont en effet s’établir davantage d’utilisateur à utilisateur que d’émetteurs quasi-uniques à récepteurs multiples, comme c’est le cas dans la télévision classique. La source d’information ne sera alors plus un seul émetteur (la chaîne de télévision), mais un nombre infini de nœuds de réseaux, ou d’utilisateurs dont la motivation réside principalement dans la recommandation de contenus à leurs proches. Cet acte de recommandation est pour l’internaute un moyen d’expression et de partage à l’égard de ses contacts : il ne s’agit dès lors pas de recommander les vidéos que « tout le monde veut voir », mais plutôt des contenus peu connus et de qualité, dont l’originalité valorisera la recommandation ainsi que son instigateur. On peut déjà voir ce phénomène prendre racine sur des réseaux sociaux comme Facebook ou Youtube. C’est ainsi que l’architecture du Net et des flux y transitant vont permettre à tout contenu de qualité, particulièrement aux plus « ciblés », de trouver une audience dans la multitude et la diversité des internautes. Ces contenus seront également beaucoup plus « proches » des internautes, car il conviendra de les séduire afin de susciter des recommandations, dans un environnement où chaque producteur se trouvera en concurrence avec une infinité d’autres, et où le téléspectateur consommera ce qu’il voudra et quand il le voudra. Il s’agit ici d’une différence de conception fondamentale d’avec la télévision, où quelques producteurs reconnus ont pour objectif de plaire au plus grand nombre, de susciter un intérêt se limitant au visionnage, dans un environnement concurrentiel clairement défini. Sur le Net, au contraire, ce seront avant tout l'originalité et l'affinité avec les internautes qui favoriseront la diffusion des contenus.
Internet place ainsi le téléspectateur au centre de l’industrie des médias, alors qu’il a toujours été considéré (et à juste titre) comme une extrémité passive des réseaux de diffusion. Les conséquences s’en ressentent aussi bien dans la teneur des contenus que dans la façon dont ils sont diffusés, avec des effets respectifs sur l’opinion publique et sur les principaux acteurs de l’industrie des médias.
• Impact d’Internet sur les acteurs de l’industrie des médias
A mesure qu’Internet redessine le monde des médias, les sources de revenus et d’influence se déplacent vers de nouveaux acteurs. Les entreprises dominant la télévision classique ne disposant pas des leviers requis pour dominer la diffusion en ligne, elles pourraient être reléguées au second plan, ne bénéficiant plus que de leurs marques pour attirer une audience qui, on le verra, ne leur serait plus véritablement propre.
De nouveaux acteurs apparaissent
Le modèle de la télévision classique est dominé par les chaînes et les producteurs de contenus. Dans le modèle d’Internet appliqué à la vidéo, les premiers bénéficiaires seront ceux par qui le changement aura été initié, à savoir les plateformes d’échange et de diffusion en ligne (telles que Joost ou Youtube, mais aussi des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter). Ces plateformes créent de nouveaux écosystèmes qui établissent les conditions des communications de demain, organisent la consommation et la diffusion des contenus, et assureront bientôt le lien entre téléspectateurs, producteurs et annonceurs. Ces fournisseurs de services ont su attirer de très larges audiences, en créant un nouveau type de média permettant à chacun de diffuser ses propres vidéos (les « user generated content »), y compris aux producteurs n’ayant pas accès à la télévision. Ils ont rencontré un tel succès que les producteurs professionnels et les chaînes de télévision sont aujourd'hui contraints de venir y diffuser leurs contenus, en créant des chaînes dédiées dans l’espoir de bénéficier des audiences que ces sites ont su agréger. En France, des chaînes comme BFM TV, France 24 ou 13è Rue enrichissent ainsi de leurs programmes les offres de Dailymotion ou Youtube. On devrait ainsi très vite assister à un recul du pouvoir des producteurs de contenus et des chaînes au profit des plateformes de diffusion en ligne. L’audience d’un média ne sera en effet plus constituée par les producteurs, lesquels devant au contraire créer leurs propres chaînes sur les plateformes qui auront su agréger suffisamment de spectateurs potentiels. Ce phénomène sera d’autant plus marqué que la capacité des plateformes à faire émerger des programmes de qualité et spécifiques à chaque utilisateur, parmi une infinité de vidéos et par le biais de la technologie, est potentiellement créatrice d’une valeur artistique et éditoriale bien supérieure à celle des chaînes classiques et des producteurs professionnels.
La technologie comme principal levier de compétitivité
Si les contenus faisaient la qualité de l’offre dans le modèle de la télévision classique, on s’aperçoit dès aujourd’hui que c’est la technologie qui prévaut dans le modèle ouvert et interactif d’Internet, et qui détermine en premier lieu le succès des plateformes de diffusion et d’échange. Le développement d’applications logicielles dédiées (supportées par des microprocesseurs toujours plus puissants) optimise en effet l'expérience d'utilisation, qu’il s’agisse de la qualité de visionnage, de l'étendue de l'interactivité ou de la pertinence des recommandations. Mais la technologie permet surtout d’analyser les flux transitant sur les réseaux sociaux, de savoir précisément qui consomme quoi et comment s’élabore la diffusion de programmes d’utilisateur à utilisateur. Car il ne suffit pas d’organiser les échanges ; il faut également les analyser et définir des profils précis pour chaque utilisateur afin de pouvoir, dans un second temps, monétiser l’audience en mettant les internautes en relation avec les annonceurs pertinents. C’est ainsi l’addition d’une plateforme à succès, de technologies permettant d’en comprendre l’activité et de vastes réseaux d’annonceurs qui donneront toute son ampleur à la révolution des médias en marche.
De nouvelles synergies émergent
Dans le modèle de la télévision classique, le type de rapprochement le plus à même de générer des synergies marie des chaînes de télévision et des producteurs de contenus. Les chaînes sont en effet très puissantes, puisqu’elles sont peu nombreuses et ont accès à l’ensemble des téléspectateurs, mais ont un besoin critique de contenus de qualité afin de tirer le meilleur parti de leur actif. D’où le fait que la plupart des émissions de qualité sont produites par les réseaux de diffusion de télévision eux-mêmes (24 et Prison Break sont produits par Fox Entertainment, Lost et Desperate Housewives par ABC, etc…). Au contraire, sur le marché de la télévision en ligne, les rapprochements susceptibles de créer le plus de valeur interviennent entre d’une part une plateforme innovante bénéficiant d’une audience significative, et d’autre part une entreprise technologique susceptible de développer et de rentabiliser cette audience (en optimisant la qualité de l’offre, puis par l’analyse du comportement des utilisateurs, de la structure des réseaux sociaux et de la façon dont s'y élabore la diffusion de contenus, afin de mettre en relation annonceurs et utilisateurs). C’est ainsi que l’on a pu voir Google (qui, suite au rachat de DoubleClick, développe actuellement Adplanner, outil appelé à devenir une place de marché mettant en relation annonceurs et propriétaires de contenus, tout en ayant breveté par ailleurs une technologie permettant d'évaluer le degré d'influence de tout internaute) acquérir Youtube, ou encore Microsoft entrer au capital de Facebook.
La chaîne de valeur de l’industrie des médias va ainsi se trouver profondément modifiée par les avancées technologiques et leur adoption par les consommateurs. Elle va non seulement faire émerger de nouveaux acteurs, mais aussi engendrer des contenus d’une autre nature, reflétant le fait que les utilisateurs se situent désormais au centre des réseaux de diffusion.
• Conséquences sur l’opinion publique
Dans le nouveau monde des médias comme dans l’ancien, le pouvoir d’influence réside en premier lieu dans les contenus. Ce sont avant tout par ceux-ci que des messages et des idées sont véhiculés, même si le pouvoir économique est détenu par d’autres acteurs (à l’exception notable de l’industrie du cinéma). Le paradigme d’Internet implique nécessairement une évolution dans la nature des contenus diffusés, et les influences mutuelles exercées entre les programmes en ligne et leurs audiences. En fournissant tout d’abord des vidéos d’une diversité infinie, Internet permet à chacun d’accéder aux programmes correspondant le mieux à ses centres d’intérêts (en ce qui concerne le divertissement) ou à sa sensibilité politique (pour les contenus d’actualité). Pour avoir une chance de rencontrer une audience importante dans la diversité des internautes, les producteurs se devront donc de fournir des programmes plus ciblés, en grande affinité avec un certain nombre d’internautes, quitte à en éloigner la plupart. C’est ainsi qu’en ce qui concerne les programmes d’actualité, on pourrait assister à un traitement plus partial de l’information, les producteurs cherchant à se différencier les uns des autres en se faisant les représentants d’une sensibilité politique donnée. Cela pourrait donner à la France des médias construits sur le modèle des médias américains, où chaque chaîne est le reflet d’une sensibilité politique, ce qui implique de véritables débats qui, menés sur la base de faits, permettent à chaque citoyen de former une opinion éclairée. On serait dès lors bien loin des médias télévisés français actuels, caractérisés - il faut bien le dire - par un consensus uniformément mou, ne prenant jamais parti si ce n’est en faveur du populisme le plus fervent. Cette tyrannie de l’opinion n’aurait plus lieu d’être dans un contexte où toutes les sensibilités seraient représentées et affirmées. Internet permettrait ainsi aux médias télévisés français d’assurer pleinement leur fonction de quatrième pouvoir, nourrissant le public de faits à partir desquels différentes opinions se confrontent. Ils permettraient ainsi à chacun de former une opinion propre sur la base de sa raison, plutôt que de tenter de l’empreindre d’une bien pensance relevant d’une autre ère.
Le changement de paradigme des médias induit par Internet les conduira également à se détacher du pouvoir politique, dont l’indépendance est une condition nécessaire à toute démocratie se désignant comme telle. Car donner le pouvoir au peuple, c’est avant tout lui donner les moyens de former une opinion éclairée, et cela ne peut se faire sans une indépendance complète des pouvoirs politique et médiatique. En France particulièrement, force est de constater que cette condition n’est que très partiellement remplie. Le simple fait que des industriels de l’armement, de la construction ou des transports, dont les signatures de contrats dépendent étroitement du pouvoir politique, se trouvent dans le même temps fortement positionnés dans le monde des médias n’est pas un gage de cette indépendance. La volonté de la Présidence de la République de faire nommer le président de France Télévisions par l’exécutif ne l’est pas non plus, pas plus que la décision de passer sous le coup du secret défense les activités des services secrets ayant trait aux médias. Elles évoquent davantage la politique médiatique engagée sous la Présidence de Valérie Giscard d’Estaing que celle d’un Président qui a la charge de donner à la France la place qu’elle mérite dans la société de l’information. Nous pourrions à cet égard nous inspirer des Etats-Unis, où il ne serait par exemple pas concevable que les conférences de presse du Président s’achèvent sous les applaudissements des journalistes, pas plus que de voter au premier tour d’une élection présidentielle sans que le moindre débat préliminaire n’ait donner l’occasion aux candidats de confronter leurs visions.
La technologie et la société de l'information vont ainsi transformer notre société en profondeur, quelles que soient les résistances qui pourraient leur être opposées. L’économie industrielle plaçait les moyens de production au centre de la création de valeur : la science et la technique étaient les principaux vecteurs de croissance, tandis que le facteur humain était relégué au second plan. Il n’en va pas de même des économies post-industrielles, qui tirent leurs richesses d’activités relevant de la créativité, telles que l’innovation, la conception et la prescription de biens et services. L’individu est ainsi de plus en plus impliqué dans la création de valeur, que ce soit en tant que force de travail ou que consommateur, et les hommes deviennent de moins en moins interchangeables. C’est en ce sens que la technologie constitue la pierre angulaire du paradigme de la société post-industrielle, en donnant aux travailleurs, aux consommateurs ainsi qu’aux citoyens les moyens d’occuper une place de premier plan dans la société qui se profile.
Mais le rythme des avancées technologique est tel qu’il menace de creuser l’écart entre les différents niveaux de revenus. Car si, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la part des revenus du travail dans les profits des entreprises a progressé, une étude du Bureau d'Etudes Statistiques américain indique néanmoins des disparités de plus en plus marquées dans la distribution de ces mêmes revenus (source: "Le Temps des Turbulences", Alan Greenspan, éditions JC Lattès). Il est ainsi révélé que les cadres, personnel qualifié et dirigeants, soit 1/5 de la population active, ont représenté 46% des revenus distribués en 2006, contre 41% en 2001. Ces inégalités reflètent la disparition d’emplois intermédiaires n’ayant aujourd'hui plus lieu d’être, mais pourraient surtout s’accentuer à mesure que le rythme du progrès technologique s’accélère. C’est ainsi qu’une priorité majeure de toute économie et société post-industrielle réside dans l’atténuation de cette rupture technologique, afin que le plus grand nombre puisse profiter des bénéfices économiques et culturels de la technologie.
Nous constatons aujourd’hui que la technologie occupe dans notre société post-industrielle les fonctions économiques et sociales que la science remplissait dans la société industrielle. Si l’influence que les NTIC exercent sur l’économie et la croissance se mesure au quotidien, nous ne faisons encore qu’entrevoir la profondeur avec laquelle Internet tranformera la société dans son ensemble. La société post-industrielle étant avant tout caractérisée par une économie de l’immatériel, qui s’attache à concevoir des produits, construire des marques et à innover, elle place plus que jamais l’individu et sa créativité au coeur de la création de valeur. Il s'agit d'une différence fondamentale d'avec la société industrielle, qui reléguait le facteur humain au second plan de l'économie. L’enjeu social que représente la technologie est donc de taille, puisqu’il s’agit de permettre à l’individu d’occuper la place centrale qui lui est réservée dans l’économie post-industrielle.
A ce titre, Internet constitue déjà un vecteur de savoir sans précédent, mis à la disposition du plus grand nombre et dont la nature lui confère un potentiel considérable. Mais c’est l’avènement d’Internet en tant que média vidéo qui pourrait avoir le plus d’impact sur la société, en transformant irréversiblement le monde des médias, notre façon de nous informer et de nous divertir. Les modalités de diffusion et la teneur des contenus de divertissements et d’actualités s’en trouveront bouleversées, tout comme la manière dont l’opinion publique se forme et les démocraties évoluent.
Influence sur le savoir
Le fait que le savoir se trouve à l'origine de l'émancipation des peuples et de la liberté des individus est au-dessus de toute discussion. Mais à travers les civilisations, la diffusion de la connaissance a toujours été étroitement liée au média qui lui servait de support, et plus particulièrement à sa vitesse de diffusion et à son coût de reproduction. Par exemple, au début de la civilisation babylonienne, le média de référence était la pierre : difficilement transportable et nécessitant de longues heures pour y inscrire les messages les plus sommaires, il ne constituait assurément pas le vecteur optimal du savoir et de la représentation. Plusieurs siècles plus tard, l’apparition du livre et l’invention de l’imprimerie automatique ont fortement diminué le coût de reproduction et facilité sa transmission de mains à mains, contribuant bien plus tard à l’effervescence intellectuelle ayant animé le XVIIIè siècle. Internet est révolutionnaire en ce sens qu’il optimise ces deux caractéristiques jusqu’au paroxysme : la dématérialisation annule les coûts de reproduction et facilite la diffusion au maximum.
Le Net met ainsi à la portée de quelques clics des informations infinies sur les sujets les plus variés. Il offre au plus grand nombre la possibilité d’acquérir les connaissances souhaitées avec une facilité qu’il serait difficile d’imaginer supérieure. Mais ce média trouve aussi ses limites dans ce qui fait sa propre force : la dématérialisation du support confère aux informations un caractère volatil et abondant, qu’il convient de maîtriser pour en tirer véritablement profit. Dans l’univers du digital et de l’intangible, toute information court le risque d’être consultée pour être aussitôt oubliée au profit d’une autre, sans même avoir eu le temps d’empreindre la mémoire de l’internaute. Afin qu’une information se transforme en connaissance, il est donc indispensable d’adopter un certain recul face à ce média, et d’acquérir le réflexe de trier et de conserver les informations pertinentes, ce qui va à l’encontre de l’attitude instinctive qui est la nôtre à l’égard d’Internet. Ainsi, pour que notre société tire le meilleur parti du potentiel d’Internet en tant qu’outil de savoir, il est essentiel que chacun ait une attitude active et volontaire vis-à-vis de la connaissance, et prenne l’initiative d’aller y satisfaire sa curiosité intellectuelle.
Si l’intérêt d’Internet en tant qu’outil de savoir est avéré, son impact trouvera donc ses limites dans l’attitude que les internautes adopteront à son égard. En revanche, l’influence d’Internet sur nos sociétés sera beaucoup plus marquée en sa qualité de média télévisé, car il s’imposera tôt ou tard comme un substitut à la télévision classique et en transformera les caractéristiques les plus fondamentales.
Influence sur les médias
• Les caractéristiques d’Internet en tant que média télévisé
L’avènement de la fibre optique va enfin permettre le développement d’offres vidéo de qualité en ligne, qui vont rapidement être amenées à concurrencer la télévision classique et linéaire. Les caractéristiques d’Internet appliquées à la diffusion de vidéos vont bouleverser le monde des médias, aussi bien dans la nature des contenus diffusés que dans la façon dont ils seront distribués. La mise en réseau des spectateurs va ainsi permettre de rompre définitivement avec le système médiatique actuel, et modifier en profondeur la topographie des acteurs en place. Les règles du jeu et les sources du pouvoir médiatique seront différentes, et le principal bénéficiaire pourrait bien se trouver être l’internaute lui-même.
Consumer is king
La véritable révolution d’Internet en tant que média vidéo tient à deux aspects fondamentaux, qui découlent tous deux de la mise en réseaux des utilisateurs : l’opportunité pour tout producteur (professionnel ou non) d’accéder au plus grand nombre de téléspectateurs, à laquelle s’ajoute la possibilité pour chaque utilisateur de diffuser à son tour des contenus. L’arrivée de la diffusion télévisée par satellite, puis de la TNT, avait déjà permis à un grand nombre de téléspectateurs de bénéficier d’une offre très variée. Le nombre de chaînes avait été multiplié, et on s’attendait à ce que chacun puisse accéder au type de contenu qui lui correspondait le mieux. Or, tel n’a pas été le cas, car face à cette nouvelle menace, les chaînes hertziennes ont engagé d’importants capitaux afin de disposer des contenus que « tout le monde voulait voir », qu’il s’agisse des animateurs vedettes ou d’évènements exclusifs (comme le championnat de foot). Les chaînes hertziennes ont ainsi réussi à conserver plus 71% de part d’audience (source : Médiamétrie ; chiffre concernant Mai 2008).
Mais sur Internet, c’est la mise en réseau des utilisateurs qui change profondément la donne. Elle va permettre d’exploiter pleinement la multiplicité des contenus, et engendrer l’avènement d’un média d’un nouvel ordre. Les flux d’informations vont en effet s’établir davantage d’utilisateur à utilisateur que d’émetteurs quasi-uniques à récepteurs multiples, comme c’est le cas dans la télévision classique. La source d’information ne sera alors plus un seul émetteur (la chaîne de télévision), mais un nombre infini de nœuds de réseaux, ou d’utilisateurs dont la motivation réside principalement dans la recommandation de contenus à leurs proches. Cet acte de recommandation est pour l’internaute un moyen d’expression et de partage à l’égard de ses contacts : il ne s’agit dès lors pas de recommander les vidéos que « tout le monde veut voir », mais plutôt des contenus peu connus et de qualité, dont l’originalité valorisera la recommandation ainsi que son instigateur. On peut déjà voir ce phénomène prendre racine sur des réseaux sociaux comme Facebook ou Youtube. C’est ainsi que l’architecture du Net et des flux y transitant vont permettre à tout contenu de qualité, particulièrement aux plus « ciblés », de trouver une audience dans la multitude et la diversité des internautes. Ces contenus seront également beaucoup plus « proches » des internautes, car il conviendra de les séduire afin de susciter des recommandations, dans un environnement où chaque producteur se trouvera en concurrence avec une infinité d’autres, et où le téléspectateur consommera ce qu’il voudra et quand il le voudra. Il s’agit ici d’une différence de conception fondamentale d’avec la télévision, où quelques producteurs reconnus ont pour objectif de plaire au plus grand nombre, de susciter un intérêt se limitant au visionnage, dans un environnement concurrentiel clairement défini. Sur le Net, au contraire, ce seront avant tout l'originalité et l'affinité avec les internautes qui favoriseront la diffusion des contenus.
Internet place ainsi le téléspectateur au centre de l’industrie des médias, alors qu’il a toujours été considéré (et à juste titre) comme une extrémité passive des réseaux de diffusion. Les conséquences s’en ressentent aussi bien dans la teneur des contenus que dans la façon dont ils sont diffusés, avec des effets respectifs sur l’opinion publique et sur les principaux acteurs de l’industrie des médias.
• Impact d’Internet sur les acteurs de l’industrie des médias
A mesure qu’Internet redessine le monde des médias, les sources de revenus et d’influence se déplacent vers de nouveaux acteurs. Les entreprises dominant la télévision classique ne disposant pas des leviers requis pour dominer la diffusion en ligne, elles pourraient être reléguées au second plan, ne bénéficiant plus que de leurs marques pour attirer une audience qui, on le verra, ne leur serait plus véritablement propre.
De nouveaux acteurs apparaissent
Le modèle de la télévision classique est dominé par les chaînes et les producteurs de contenus. Dans le modèle d’Internet appliqué à la vidéo, les premiers bénéficiaires seront ceux par qui le changement aura été initié, à savoir les plateformes d’échange et de diffusion en ligne (telles que Joost ou Youtube, mais aussi des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter). Ces plateformes créent de nouveaux écosystèmes qui établissent les conditions des communications de demain, organisent la consommation et la diffusion des contenus, et assureront bientôt le lien entre téléspectateurs, producteurs et annonceurs. Ces fournisseurs de services ont su attirer de très larges audiences, en créant un nouveau type de média permettant à chacun de diffuser ses propres vidéos (les « user generated content »), y compris aux producteurs n’ayant pas accès à la télévision. Ils ont rencontré un tel succès que les producteurs professionnels et les chaînes de télévision sont aujourd'hui contraints de venir y diffuser leurs contenus, en créant des chaînes dédiées dans l’espoir de bénéficier des audiences que ces sites ont su agréger. En France, des chaînes comme BFM TV, France 24 ou 13è Rue enrichissent ainsi de leurs programmes les offres de Dailymotion ou Youtube. On devrait ainsi très vite assister à un recul du pouvoir des producteurs de contenus et des chaînes au profit des plateformes de diffusion en ligne. L’audience d’un média ne sera en effet plus constituée par les producteurs, lesquels devant au contraire créer leurs propres chaînes sur les plateformes qui auront su agréger suffisamment de spectateurs potentiels. Ce phénomène sera d’autant plus marqué que la capacité des plateformes à faire émerger des programmes de qualité et spécifiques à chaque utilisateur, parmi une infinité de vidéos et par le biais de la technologie, est potentiellement créatrice d’une valeur artistique et éditoriale bien supérieure à celle des chaînes classiques et des producteurs professionnels.
La technologie comme principal levier de compétitivité
Si les contenus faisaient la qualité de l’offre dans le modèle de la télévision classique, on s’aperçoit dès aujourd’hui que c’est la technologie qui prévaut dans le modèle ouvert et interactif d’Internet, et qui détermine en premier lieu le succès des plateformes de diffusion et d’échange. Le développement d’applications logicielles dédiées (supportées par des microprocesseurs toujours plus puissants) optimise en effet l'expérience d'utilisation, qu’il s’agisse de la qualité de visionnage, de l'étendue de l'interactivité ou de la pertinence des recommandations. Mais la technologie permet surtout d’analyser les flux transitant sur les réseaux sociaux, de savoir précisément qui consomme quoi et comment s’élabore la diffusion de programmes d’utilisateur à utilisateur. Car il ne suffit pas d’organiser les échanges ; il faut également les analyser et définir des profils précis pour chaque utilisateur afin de pouvoir, dans un second temps, monétiser l’audience en mettant les internautes en relation avec les annonceurs pertinents. C’est ainsi l’addition d’une plateforme à succès, de technologies permettant d’en comprendre l’activité et de vastes réseaux d’annonceurs qui donneront toute son ampleur à la révolution des médias en marche.
De nouvelles synergies émergent
Dans le modèle de la télévision classique, le type de rapprochement le plus à même de générer des synergies marie des chaînes de télévision et des producteurs de contenus. Les chaînes sont en effet très puissantes, puisqu’elles sont peu nombreuses et ont accès à l’ensemble des téléspectateurs, mais ont un besoin critique de contenus de qualité afin de tirer le meilleur parti de leur actif. D’où le fait que la plupart des émissions de qualité sont produites par les réseaux de diffusion de télévision eux-mêmes (24 et Prison Break sont produits par Fox Entertainment, Lost et Desperate Housewives par ABC, etc…). Au contraire, sur le marché de la télévision en ligne, les rapprochements susceptibles de créer le plus de valeur interviennent entre d’une part une plateforme innovante bénéficiant d’une audience significative, et d’autre part une entreprise technologique susceptible de développer et de rentabiliser cette audience (en optimisant la qualité de l’offre, puis par l’analyse du comportement des utilisateurs, de la structure des réseaux sociaux et de la façon dont s'y élabore la diffusion de contenus, afin de mettre en relation annonceurs et utilisateurs). C’est ainsi que l’on a pu voir Google (qui, suite au rachat de DoubleClick, développe actuellement Adplanner, outil appelé à devenir une place de marché mettant en relation annonceurs et propriétaires de contenus, tout en ayant breveté par ailleurs une technologie permettant d'évaluer le degré d'influence de tout internaute) acquérir Youtube, ou encore Microsoft entrer au capital de Facebook.
La chaîne de valeur de l’industrie des médias va ainsi se trouver profondément modifiée par les avancées technologiques et leur adoption par les consommateurs. Elle va non seulement faire émerger de nouveaux acteurs, mais aussi engendrer des contenus d’une autre nature, reflétant le fait que les utilisateurs se situent désormais au centre des réseaux de diffusion.
• Conséquences sur l’opinion publique
Dans le nouveau monde des médias comme dans l’ancien, le pouvoir d’influence réside en premier lieu dans les contenus. Ce sont avant tout par ceux-ci que des messages et des idées sont véhiculés, même si le pouvoir économique est détenu par d’autres acteurs (à l’exception notable de l’industrie du cinéma). Le paradigme d’Internet implique nécessairement une évolution dans la nature des contenus diffusés, et les influences mutuelles exercées entre les programmes en ligne et leurs audiences. En fournissant tout d’abord des vidéos d’une diversité infinie, Internet permet à chacun d’accéder aux programmes correspondant le mieux à ses centres d’intérêts (en ce qui concerne le divertissement) ou à sa sensibilité politique (pour les contenus d’actualité). Pour avoir une chance de rencontrer une audience importante dans la diversité des internautes, les producteurs se devront donc de fournir des programmes plus ciblés, en grande affinité avec un certain nombre d’internautes, quitte à en éloigner la plupart. C’est ainsi qu’en ce qui concerne les programmes d’actualité, on pourrait assister à un traitement plus partial de l’information, les producteurs cherchant à se différencier les uns des autres en se faisant les représentants d’une sensibilité politique donnée. Cela pourrait donner à la France des médias construits sur le modèle des médias américains, où chaque chaîne est le reflet d’une sensibilité politique, ce qui implique de véritables débats qui, menés sur la base de faits, permettent à chaque citoyen de former une opinion éclairée. On serait dès lors bien loin des médias télévisés français actuels, caractérisés - il faut bien le dire - par un consensus uniformément mou, ne prenant jamais parti si ce n’est en faveur du populisme le plus fervent. Cette tyrannie de l’opinion n’aurait plus lieu d’être dans un contexte où toutes les sensibilités seraient représentées et affirmées. Internet permettrait ainsi aux médias télévisés français d’assurer pleinement leur fonction de quatrième pouvoir, nourrissant le public de faits à partir desquels différentes opinions se confrontent. Ils permettraient ainsi à chacun de former une opinion propre sur la base de sa raison, plutôt que de tenter de l’empreindre d’une bien pensance relevant d’une autre ère.
Le changement de paradigme des médias induit par Internet les conduira également à se détacher du pouvoir politique, dont l’indépendance est une condition nécessaire à toute démocratie se désignant comme telle. Car donner le pouvoir au peuple, c’est avant tout lui donner les moyens de former une opinion éclairée, et cela ne peut se faire sans une indépendance complète des pouvoirs politique et médiatique. En France particulièrement, force est de constater que cette condition n’est que très partiellement remplie. Le simple fait que des industriels de l’armement, de la construction ou des transports, dont les signatures de contrats dépendent étroitement du pouvoir politique, se trouvent dans le même temps fortement positionnés dans le monde des médias n’est pas un gage de cette indépendance. La volonté de la Présidence de la République de faire nommer le président de France Télévisions par l’exécutif ne l’est pas non plus, pas plus que la décision de passer sous le coup du secret défense les activités des services secrets ayant trait aux médias. Elles évoquent davantage la politique médiatique engagée sous la Présidence de Valérie Giscard d’Estaing que celle d’un Président qui a la charge de donner à la France la place qu’elle mérite dans la société de l’information. Nous pourrions à cet égard nous inspirer des Etats-Unis, où il ne serait par exemple pas concevable que les conférences de presse du Président s’achèvent sous les applaudissements des journalistes, pas plus que de voter au premier tour d’une élection présidentielle sans que le moindre débat préliminaire n’ait donner l’occasion aux candidats de confronter leurs visions.
La technologie et la société de l'information vont ainsi transformer notre société en profondeur, quelles que soient les résistances qui pourraient leur être opposées. L’économie industrielle plaçait les moyens de production au centre de la création de valeur : la science et la technique étaient les principaux vecteurs de croissance, tandis que le facteur humain était relégué au second plan. Il n’en va pas de même des économies post-industrielles, qui tirent leurs richesses d’activités relevant de la créativité, telles que l’innovation, la conception et la prescription de biens et services. L’individu est ainsi de plus en plus impliqué dans la création de valeur, que ce soit en tant que force de travail ou que consommateur, et les hommes deviennent de moins en moins interchangeables. C’est en ce sens que la technologie constitue la pierre angulaire du paradigme de la société post-industrielle, en donnant aux travailleurs, aux consommateurs ainsi qu’aux citoyens les moyens d’occuper une place de premier plan dans la société qui se profile.
Mais le rythme des avancées technologique est tel qu’il menace de creuser l’écart entre les différents niveaux de revenus. Car si, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la part des revenus du travail dans les profits des entreprises a progressé, une étude du Bureau d'Etudes Statistiques américain indique néanmoins des disparités de plus en plus marquées dans la distribution de ces mêmes revenus (source: "Le Temps des Turbulences", Alan Greenspan, éditions JC Lattès). Il est ainsi révélé que les cadres, personnel qualifié et dirigeants, soit 1/5 de la population active, ont représenté 46% des revenus distribués en 2006, contre 41% en 2001. Ces inégalités reflètent la disparition d’emplois intermédiaires n’ayant aujourd'hui plus lieu d’être, mais pourraient surtout s’accentuer à mesure que le rythme du progrès technologique s’accélère. C’est ainsi qu’une priorité majeure de toute économie et société post-industrielle réside dans l’atténuation de cette rupture technologique, afin que le plus grand nombre puisse profiter des bénéfices économiques et culturels de la technologie.
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